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La « Polyaquaculture Research Unit » et ses objectifs

« Polyaquaculture Research Unit » (PRU) est une nouvelle unité de recherche dont l’objectif est de favoriser dans les villages côtiers de Madagascar le développement combiné de différents types d’aquacultures comme autant d’activités génératrices de revenus alternatives à la pêche.

La PRU est une unité co-gérée par l’Institut Halieutique et des Sciences Marines (IH.SM) de l’Université de Toliara et le laboratoire de Biologie des Organismes Marins et Biomimétisme de l’Université de Mons, Belgique.

Aquacultures socio-écologiques

Depuis une trentaine d’années , l’aquaculture a continué à se développer à Madagascar, mais pas assez pour surmonter le déclin sans précédent des produits de la pêche. Afin de surmonter progressivement ce problème, l’unité de recherche sur la polychaculture (PRU pour « Polyaquaculture Research Unit ») a été créée en 2012. Elle dispose d’un complexe d’outils de recherche qui permet de travailler sur des techniques simples et accessibles d’aquaculture et le développement de méthodes et processus écologiques, biologiques et socio-économiques. Les recherches fondamentales, orientées ou appliquées réalisées par l’Unité vise à améliorer continuellement la qualité de la production et donc le développement du niveau de vie dans les villages de pêcheurs tout en favorisant la conservation des écosystèmes côtiers et marins. L’équipe de recherche travaille sur un large éventail de disciplines, y compris l’écologie, la biologie, la génétique, la sociologie et l’économie. Cette approche multidisciplinaire est permise par le caractère multilatéral de la plate-forme composée autour de l’unité: les universités, les autorités administratives, les entreprises privées, les ONG et en particulier les communautés villageoises. L’unité de recherche a commencé à travailler sur la culture des algues rouges Kappaphycus alvarezii, en se concentrant principalement sur sa pathologie, sur l’amélioration de la production en holothuriculture, y compris l’amélioration d’alimentation des juvéniles et des techniques de traitement pour la production de trepang; Et entre autres, l’étude du potentiel technique et socio-économique de la coralliculture villageoise. La caractéristique particulière de cette unité est la mise en place d’un système d’aquaculture qui produirait de manière commode plusieurs types de produits aquacoles dans les villages côtiers de la Grande Île, en partenariat avec des entreprises privées, des instituts de recherche, des autorités administratives et des ONG.

L’algoculture

Historique de la culture d’algue rouge, Kappaphycus alvarezii

Kappaphycus alvarezii présente un grand intérêt commercial car elle constitue une importante source de carraghénanes, un phycocolloïde largement utilisé dans l’industrie alimentaire, pharmaceutique et cosmétique pour ses propriétés d’épaississant, de stabilisateur et d’agent gélifiant (Hayashi et al., 2007).

Les carraghénanes représentaient, en 2009, un marché annuel de 527 millions de dollars US avec une production annuelle totale de 50.000 tonnes (Bixler et Porse, 2010). Au cours des trois dernières décennies, ce marché a enregistré une croissance de 5% par 4 ans. Aujourd’hui, K. alvarezii représente à elle seule 70% des algues utilisées dans la production de carraghénanes (Hayashi et al., 2007).

Les premiers essais de culture de K. alvarezii ont débuté aux Philippines durant la seconde moitié des années 1960. Ces essais pilotes furent conduits conjointement par l’entreprise Marine Colloids et le Dr Maxwell Doty de l’université d’Hawaï. Les variétés utilisées provenaient de variétés locales, sélectionnées dans le milieu naturel (Ask et al., 2003).

La première culture de K. alvarezii à des fins commerciales débuta ensuite en 1971 aux Philippines avec une production d’un peu moins de 1.000 tonnes d’algues sèches par an. Aujourd’hui, cinq pays sont producteurs à l’échelle commerciale (plus de 1.000 tonnes sèches de K. alvarezii produites par an) : l’Indonésie, les Philippines, la Tanzanie, le Vietnam et la Malaisie (Neish, 2012). Les Philippines et l’Indonésie représentent à elles seules plus de 82 % de la production mondiale de K. alvarezii (Neish, 2012).

La production annuelle mondiale est ainsi passée de moins de 1.000 tonnes sèches par an en 1971 à environ 160.000 tonnes par an aujourd’hui (Bixler et Porse, 2010) assurant une source de revenus à 40.000 à 50.000 familles dans le monde (Ask et Azanza, 2002).

Dès la fin des années 1980, plusieurs essais de culture démontrent la faisabilité de la culture d’algues rouges à Madagascar (ref : Mollion, IH.SM, etc…) mais ne débouchent sur aucune exploitation commerciale significative. Ce n’est qu’à partir de la fin des années 90 qu’une production commerciale se met en place, notamment grâce à l’importation d’une variété philippine de K. alvarezii à forte croissance et à l’appui d’un programme de coopération technique et financière (ARPL/UE).

Malgré l’implication de différents opérateurs économiques dans plusieurs zones côtières de la Grande Île, seule la société Ibis Madagascar réussit à poursuivre une exploitation rentable de l’algue dans la Région de Diego-Suarez, exportant jusqu’à de 2000 t par an. Elle est toutefois confrontée depuis 2010 à de sérieux problèmes phytosanitaires (parasitisme persistent) qui ont fortement affectés les volumes produits.

Par ailleurs, depuis 3 ans, de nombreuses initiatives ont été menées pour relancer l’algoculture, notamment grâce à l’appui du ReCoMaP. C’est le cas de COPEFRITO dans la Région de Toliara qui collabore actuellement avec plus de 400 algoculteurs répartis sur 200 Km de côte et commence à exporter ces produits sur l’Europe.
Aujourd’hui, ce sont au moins 7 opérateurs privés différents qui s’intéressent à l’algoculture et tentent, avec plus ou moins de succès, de développer des productions commerciales sur les littoraux malgaches. Les contraintes auxquelles elles ont à faire face sont autant d’ordre technique et biologique que social et économique.

4 ans de recherche intensive

Depuis 2012, le projet PRU (Polyaquaculture Research Unit) commence ses recherches pour le developpement de l’algoculture à Madagascar. Plusieurs objectifs ont été visés pendant les 4 premières années du projet, qui sont :

  • Mise en place d’une plateforme de travail entre les différents acteurs de la filière: Universités (belges et malgaches) – Secteurs privés – ONG et villageois-aquaculteurs. Les acteurs de cette plateforme effectueront des séances de travail de manière récurrente;
  • Implantation d’un laboratoire de recherche pour des expériences in-vitro et pour les manipulations et observations;
  • Monitoring précis des conditions océanographiques dans les différents sites (idéalement 4 sites répartis entre Diego et Sarodrano) simultanément à une quantification de l’ampleur des deux maladies;
  • Implantation de structures de recherche (lignes d’algoculture) dans les villages cibles à Madagascar. Ces aménagements permettront de prendre des mesures in situ de la croissance des algues et seront adjacents aux structures de production villageoise apportées par les firmes privées impliquées dans le projet;
  • Décryptage de l’étiologie des maladies et du cycle des parasites (type ice-ice et EFA);
  • Compréhension des paramètres de croissance (normale et anormale le cas échéant) de Kappaphycus alvarezii, la cotonii et d’autres algues rouges aquacultivées (en première hypothèse:(Kappaphycus alvarezii) en fonction des paramètres environnementaux;
  • Analyse des taux de carrhagénanes des algues produites en fonction des paramètres environnementaux et en fonction de la période;
  • Etude des dynamiques sociales et des facteurs économiques associées au développement et au succès de l’introduction de ces nouvelles activités aquacoles marines dans les communautés de pêcheurs.

 

La coralliculture

Les recherches sur les coraux et la coralliculture sont axées sur trois principaux volets:

  • (1) L’étude de la biologie et de l’écologie des coraux, notamment le potentiel de recrutement naturel des coraux avec l’étude fine des conditions du milieu et des paramètres de croissance ;
  • (2) Les essais d’élevage des coraux en milieu naturel par la mise en place de tables de coralliculture dans le village de Sarodrano et par l’élevage en laboratoire qui permettra d’étudier la résistance au transport et l’acclimatation des boutures en aquarium afin de mettre au point du système d’exportation des produits aquacultivés;
  • (3) L’évaluation du potentiel de la coralliculture villageoise sur le plan social et financier.

(1) Bio-écologie des coraux

La première partie de ce volet consiste à évaluer le potentiel de recrutement des coraux dans la Région de Toliara par (i) la mise en place de plaque de recrutement dans 6 sites différents de la Baie de Toliara dont des sites au niveau des récifs de Sarodrano et (ii) l’évaluation de la répartition spatio-temporelle des larves planula. Les échantillons biologiques issues de ces deux systèmes de suivi seront identifiés au microscope et les espèces cibles (notamment les recrus et les larves de coraux) seront fixées pour une identification par séquençage d’ADN qui sera réalisé dans le laboratoire de marineBiologie des Organismes Marins et Biomimétisme (BOMB) de Mons.

La deuxième partie concerne l’étude des paramètres environnementaux du milieu récifal pour permettre l’identification des paramètres les plus favorables à la croissance des coraux. La compréhension de la vitesse de croissance des coraux nécessitera des expérimentations ex situ en aquariumqui seront réalisées dans le laboratoire de Belaza (Toliara) et dans le laboratoire d’Ecologie Numerique des Milieux Aquatiques (EcoNum) de Mons.

Les recherches sur l’écophysiologie des coraux en élevage se focaliseront sur les facteurs affectant la vitesse de croissance des boutures d’une part (principalement des espèces Acropora et Pocillopora), et leur résistance tant au transport qu’à l’acclimatation en aquarium.

La vitesse de croissance des coraux scléractiniaires zooxanthellés dépend prioritairement de la vitesse de calcification en phase claire (jour), facilitée par la photosynthèse des zooxanthelles. C’est au niveau de l’efficacité de cette photosynthèse et de sa relation avec la calcification que les expériences s’articuleront.

Les mesures de l’efficacité photosynthétique à l’aide du Mini-PAM et de la croissance des boutures sur le terrain seront complétées par des caractérisations des clades de zooxanthelles associées aux boutures en élevage (la partie analyse phylogénétique sera effectuée par le laboratoire BOMB de l’UMons) afin de déterminer quelles clades donnent les meilleurs résultats dans ces conditions.

Des études plus fines écophysiologiques en chemostats effectuées au laboratoire EcoNum en Belgique complèteront cette étude de terrain. Le laboratoire possède 4 chemostats qui permettent de quantifier et d’identifier les caractéristiques écophysiologiques des boutures offrant le meilleur rendement: photosynthèse, respiration, assimilation de N et P, par la méthode des bilans associée à un modèle dynamique. Ces données permettront d’affiner les conditions d’élevage en identifiant les paramètres du milieu les plus favorables (recherche des sites optimaux sur le terrain).

(2) Tables de coralliculture et aquarium

Le second volet concerne d’une part les essais d’élevage de coraux en milieu naturel qui consiste en la mise en place de tables de coralliculture dans un site pilote (préalablement choisi selon des critères écologiques – potentialités avérées de croissance des coraux – et des critères d’accessibilité pour le suivi et la maintenance des boutures en culture).

D’autre part, des boutures sont également cultivées dans des aquariums afin d’étudier la résistance au transport et leur acclimatation en aquarium. Ces études se feront à Madagascar par simulation de transport (empaquetage de boutures et déballage après 24h à36h). De même, les tests d’acclimatation en aquarium pourront être réalisésdans les installations malgaches. D’autres tests pourront être menés en Belgique après réelle expédition de matériel vivant.

Dans le cadre de cette étude, nous déterminerons si et comment une préparation des boutures avant expédition influence leur survie et acclimatation. Les préparations des boutures qui seront testées consisteront en : (1) nourrissage au plancton ou au contraire, mise au jeûne, (2) émersion répétée des boutures, emballées dans des bandelettes plastiques humides -comme dans l’empaquetage de transport-, (3) variations thermiques. L’objectif est de définir un protocole de préparation des boutures avant transport qui les rendent plus résistantes ensuite (qualité du produit pour le marché de l’aquariophilie).

Tous les tests effectués dans le premier volet seront appliqués aussi bien aux boutures cultivées en mer(tables) qu’à celles des aquariums.

(3) Potentiel de la coralliculture villageoise sur le plan social et financier

Cette partie se focalisera sur des enquêtes de perception villageoise de la coralliculture qui s’articulera avec l’étude de faisabilité de cette nouvelle filière en complément de l’holothuriculture et de l’algoculture (déjà développées dans les villages de la Région de Toliara). Une partie de ce volet étudiera également le rendement que pourra générer la coralliculture, notamment pour les villageois, mais également pour tous les partenaires qui travaillerons ensemble dans la plateforme « polyaquaculture villageoise ».

L’Holothuriculture

Introduction

Les holothuries, communément appelées concombres de mer, sont des invertébrés marins du groupe des échinodermes ; ils coexistent avec les étoiles de mer et les oursins. On dénombre quelque 2.000 espèces d’holothuries ; elles s’observent dans tous les océans, de la zone littorale aux profondeurs les plus extrêmes. Elles sont très diversifiées dans les récifs coralliens et les biotopes qui leurs sont associés (lagons, herbiers à phanérogames) mais elles sont également très abondantes dans les abysses où elles constituent plus de 90% de la biomasse.

Les holothuries font partie des principaux bioturbateurs de sédiments : elles sont aux sédiments marins ce que les vers de terre sont aux terres émergées. La plupart des holothuries sont en effet des détritivores : elles ingèrent le substrat et en retirent les éléments nécessaires à leur croissance. Les holothuries agissent en transformant la matière organique morte des substrats en tissus vivants et en régulant les populations de microorganismes qu’ils renferment. Certaines holothuries s’enfouissent dans les substrats et, par ce comportement, elles permettent aussi l’oxygénation des couches sédimentaires profondes qui sont plus réduites.

Outre leur importance écologique, les concombres de mer représentent une ressource économique appréciable pour de nombreuses populations. Depuis plusieurs siècles, les habitants d’Extrême Orient, en particulier les Chinois, se nourrissent d’holothuries dont une cinquantaine d’espèces sont exploitées de façon commerciale. Le trepang (holothuries séchées) est considéré dans ces pays comme un met de choix ayant de nombreuses vertus pour la santé des consommateurs. Dès la dynastie Ming (1368-1644), ils ont été considérés comme un tonique alimentaire. Auparavant, ils étaient consommés par des personnes assez riches pour se payer ces délicatesses alors que dans les classes populaires, ils garnissaient les tables pendant les périodes festives telles que le Nouvel An chinois. Plus récemment, Chinois et autres peuples d’Asie ont commencé à consommer des holothuries plus régulièrement, en raison de l’augmentation relative de leur niveau de vie et donc de la possibilité pour eux d’acheter ces fruits de mer qui, dans le même temps, ont vu leur prix se démocratiser. L’attrait des peuples asiatiques pour les concombres de mer vient du fait qu’ils sont convaincu de leur grande valeur nutritive et de leurs vertus qui aideraient à combattre une panoplie de maux et de maladies : une alimentation à base de concombres de mer réduirait la fatigue, les douleurs articulaires et l’arthrite, elle aiderait à restaurer les fonctions intestinales et urinaires défaillantes, à renforcer le système immunitaire des consommateurs et ils agiraient aussi comme aphrodisiaques. Ces nombreuses vertus seraient dues à la présence de biomolécules actives tels que des triterpènes glycosides, divers peptides et des acides gras essentiels. Des essais pharmacologiques récents utilisant des modèles murins, principalement réalisés par des groupes de recherches chinois et japonais, viennent étayer les effets thérapeutiques de ces molécules qui, en fonction des espèces et des méthodes d’extraction, se sont révélées être des anti-angiogéniques, des anticoagulants, des hypotenseurs ou des anti-inflammatoires.

Les concombres de mer sont pêchés dans les océans Pacifique, Indien et Atlantique, en particulier dans les régions tropicales. La plupart de ces pêcheries existent depuis des siècles ; celles d’Asie, des îles du Pacifique et de l’Océan Indien sont les plus anciennes. Les principaux centres d’importation sont Hong Kong, Singapour et Taiwan qui réexportent la majorité de leurs imports vers la Chine et les pays où résident des populations chinoises. L’exportation des produits frais ou congelés existe mais c’est principalement sous forme séchée que se retrouvent exportées les holothuries : une fois pêchées, elles sont éviscérés et leur chair est lavée et traitée (au sel, à l’eau bouillante et à la chaleur) pour devenir le produit exporté alors appelé trépang ou bêche-de-mer. Au bout de la chaine commerciale, le marchand chinois vend ce trépang qui est réhydraté par le consommateur pendant plusieurs jours avant de se retrouver dans des plats en sauce ou dans des soupes. Les concombres de mer sont également utilisés en Malaisie dans une large gamme de produits incluant des préparations à vertus curatives, des gelées ou crèmes pour le corps, des shampoings et des dentifrices.

Le volume total des récoltes mondiales est difficile à estimer car le commerce des concombres de mer est très obscur et les statistiques peu fiables. Les chiffres obtenus mélangent en effet exportations de produits séchés, salés ou congelés, leur poids variant alors du simple au décuple. Le total des prises mondiales de concombres de mer est de l’ordre de 100.000 tonnes d’animaux vivants/an ce qui correspond grosso modo à 10.000 tonnes/an de trépang exporté vers les marchés asiatiques pour une valeur totale de 130 millions de dollars. Le prix de la bêche-de-mer varie considérablement en fonction des espèces, de la taille de l’animal pêché et de la qualité du traitement du produit en trépang. L’holothurie des mers tempérées bordant la Chine et le Japon, l’Apostichopus japonicus, est l’espèce la plus chère : elle se vend plus de 300 USD/kg sec au bout de la chaine commerciale. L’holothurie des mers tropicales, Holothuria scabra, aquacultivée par Madagascar Holothurie est également très chère et peut se vendre plus de 200 USD/kg sec.

La demande croissante de bêches-de mer sur les marchés asiatiques, l’exploitation effrénée des populations naturelles d’holothuries et l’insuffisance de la gestion de leur pêche font que les espèces de grande valeur, tel l’Holothuria scabra, ont été éradiquées ou sont proches de l’être dans de nombreux pays. Les holothuries sont des organismes particulièrement vulnérables à la pêche intensive car le renouvellement naturel de leurs populations est faible comparé à la facilité de les pêcher. La conservation et la gestion des holothuries font aujourd’hui partie des priorités de nombreux pays insulaires des Océans Indien et Pacifique, conscients de l’importance que jouent ces animaux dans les écosystèmes marins et dans l’économie des communautés de pêcheurs. La vulnérabilité des populations de concombres de mer et le risque de perte de productivité ont conduit à l’organisation du plusieurs ateliers internationaux et régionaux regroupant experts scientifiques, acteurs politiques et secteur privé. Suite à ces travaux, la FAO a publié divers rapports comprenant des documents techniques et des recommandations pour la gestion des pêcheries. La Convention sur le commerce international des espèces menacées de faune et de flore sauvages (CITES) a également organisé un atelier technique en fournissant les justifications scientifiques pour supporter la nécessité immédiate de conservation et d’exploitation durable des concombres de mer.

Pêchées auparavant, les holothuries sont maintenant aussi aquacultivées. Depuis une bonne vingtaine d’années, la Chine a en particulier développé une holothuriculture intensive de façon telle que la production en élevage dépasse de dix fois le tonnage obtenu par les pêcheries. Dans la seule province de Liaoning, la superficie des élevages en mer dépasse 50.000 hectares qui produisent quelque 6.750 tonnes de trépang/an qui s’additionne au 10.000 tonnes/an importées. Malgré l’énorme productivité de leurs fermes d’élevage, la demande est telle que la Chine importe du trépang exotique tel celui provenant de l’Holothuria scabra.

L’élevage d’Holothuria scabra et les réalisations effectuées à Madagascar

L’élevage d’Holothuria scabra s’effectue en trois étapes au cours desquelles se développent les individus aux stades larvaire, juvénile et adulte. Le développement larvaire s’effectue entièrement en écloserie. Les embryons sont obtenus par fécondations in vitro. Le développement des embryons dure deux jours. Ils donneront naissance à diverses larves qui se succèderont (Auricularia, doliolaria et Pentactula) et qui finiront par se métamorphoser 15 jours après les fécondations. Le développement larvaire s’effectue dans des bacs d’élevage, les larves étant nourries d’algues phytoplanctoniques. Durant une période de deux mois et demi, les individus issus des métamorphoses larvaires sont élevés sur les parois des bacs d’élevage : ils restent en écloserie jusqu’à ce qu’ils atteignent une taille de 2 cm de long, les individus sont alors appelés juvéniles et sont transférés vers la ferme de grossissement. Le développement des juvéniles s’effectue dans les bassins de pré-grossissement qui contiennent une couche de sédiment récolté dans la zone des herbiers à phanérogames marines. Ils y séjournent entre 2 à 3 mois pour atteindre une taille de 6 à 8 cm de long. Les H. scabra de cette taille sont susceptibles de mieux résister aux diverses contraintes environnementales. Ils sont ainsi transférés dans des enclos préalablement installés en milieu ouvert et y séjournent jusqu’à leur taille commerciale (supérieure à 400g). Cette taille est atteinte en 8 à 10 mois. En tout, l’élevage d’H. scabra dure de 13 à 16 mois.

Le 22 avril 2008, « Madagascar Holothurie », société anonyme de droit malgache voit le jour. Le but de « Madagascar Holothurie » était tout d’abord d’optimaliser les installations qui, de quelques centaines d’holothuries produites à la fin de la phase de recherche en 2008, devait permettre de produire une centaine de milliers d’individus. Il s’agissait aussi de travailler le produit fini, le trépang, dont le prix varie fortement sur les marchés asiatiques en fonction de la qualité du traitement.

Grâce à la mise en fonction de Madagascar Holothurie S.A. et des fonds du projet ReCoMap (Regional Coastal Management Programme of the Indian Ocean Countries) de la Commission de l’Océan Indien permettant à deux ONGs de la région de Toliara, Blue Ventures et TransMad, ont permis d’initier les premières fermes familiales de grossissement d’holothuries au sein des villages côtiers. Pendant trois années, de 2008 à 2011, la totalité de la production de juvéniles de 6 cm, soit 100.000 individus/an, a été envoyée vers huit villages répartis sur 200 km de côte faisant travailler plus de 80 personnes. Tout en gardant leur occupation de pêche traditionnelle, les villageois deviennent ainsi des aquaculteurs en s’occupant de la dernière phase du développement des concombres de mer, celle qui s’effectue en enclos en mer. Ils revendent ensuite les individus à « Madagascar Holothurie » en fin de grossissement et peuvent ainsi dégager à la revente un revenu mensuel de 100 euros dans un pays où un technicien de base en gagne 80 ! Sans engranger de bénéfices pour l’instant, « Madagascar Holothurie » maîtrise à présent les paramètres de production et les données concernant les frais d’investissement, de personnel et de fonctionnement pour atteindre un seuil de rentabilité appréciable.

Madagascar Holothurie est maintenant entrée dans une société nouvelle et plus importante « Indian Ocean Trepang » dont le but est de produire plusieurs millions d’H. scabra en élevage. « Indian Ocean Trepang » travaillera avec les communautés locales de pêcheurs et permettra à plus de 300 familles de pêcheurs de se lancer dans l’aquaculture.

Le projet « Polyaquaculture Research Unit » et le partenariat avec Madagascar Holothurie et Indian Ocean Trepang

L’objectif global de ce partenariat est de permettre le développement de la polyaquaculture dans les villages côtiers à Madagascar. Il vise à former des pêcheurs à l’aquaculture d’algues et de coraux en plus de la formation d’holothuriculteurs qu’ils ont déjà eue. Le projet permet le soutien scientifique au développement de ces pratiques dans la région de Toliara et d’Antsiranana. Il vise, en partenariat avec Madagascar Holothurie et Indian Ocean Trepang, à développer de nouvelles ressources aquacultivables tels que de nouvelles algues et de nouvelles holothuries.

Services

Les services que nous pouvons offrir

L’Unité de Recherche en Polyaquaculture dispose d’une large gamme d’appareils de mesure et de matériels de laboratoire. Plusieurs paramètres peuvent être analysés et observés avec ces outils « high-tech ».

Les équipements et véhicules de l’Unité lui permettent également de couvrir de larges zones géographiques afin d’intégrer dans ses recherches de terrain la variabilité spatio-temporelle des paramètres environnementaux comme la diversité des contextes sociaux et économiques.

Ce dispositif unique permet à la PRU d’offrir des services et des réponses adaptées aux besoins spécifiques des acteurs des filières aquacoles émergentes. Ces synergies opérationnelles entre la recherche, le secteur privé, l’administration et les communautés rurales étaient jusqu’alors largement insuffisantes et constituaient un facteur limitant les possibilités de développement de ces activités.

La PRU peut aujourd’hui proposer les services suivants :

  • Analyse de la force de gel (ex : agar-agar, carraghénane) ;
  • Mesure des taux d’humidité des produits transformés ;
  • Identification d’organismes aquacultivés par séquençage ADN ;
  • Identification des sites favorables et caractérisation de leurs potentialités pour les différents types d’aquacultures (algues, coraux, concombre de mer, …) ;
  • Essais et évaluation des différentes techniques aquacoles ;
  • Détermination des agents causateurs des maladies des organismes aquacultivés ;
  • Analyse de l’état de santé des algues et des coraux (proxy : photosynthèse).
  • Et bien d’autres encore….